« Ils se dirigent vers le nord suivant une trajectoire rectiligne. Le tunnel se comble au fur et à mesure qu'ils avancent. Sachant que la portée des détecteurs est de deux kilomètres, je ne pourrai suivre leur progression sous terre que pendant vingt à vingt-cinq minutes. Ensuite, seule la radio nous permettra de maintenir le contact. A moins d'installer un détecteur muni d'un relais à longue portée sur un robot qui se déplacerait en même temps qu'eux.
- Bonne idée, répondit Tigweg. Fais-le. »
Flo retourna dans le vaisseau chercher l'équipement nécessaire, qu'elle assembla en un peu plus d'un quart d'heure. Enfin, le robot fut prêt à partir. Son système de guidage automatique lui fit suivre exactement la trajectoire du tunnel. Flo se posta devant l'écran de contrôle.
« Il était temps : l'équipe du Capitaine a avancé très vite, ils sont presque à la limite de portée des détecteurs fixes... »
Bien que ne disposant pour seul éclairage que de la lampe-torche du Chef-Ingénieur J-P, l'équipe de Walid avançait rapidement dans le tunnel obscur.
Au détour d'un couloir, Gui-tou, qui était resté en tête de file pour protéger son Capitaine, buta sur une grosse pierre molle.
« Mais c'est Dydy !, s'exclama-t-il. Elle qui avait raté sa téléportation vers notre vaisseau ! Par toutes les racines d'Euler, comment est-elle arrivée ici, inconsciente de surcroît ?!
- Il n'y a pas de temps a perdre, l'effondrement nous rattrape ! », s'écria Walid.
Oubliant provisoirement son éducation de gentleman, il ranima Dydy en lui administrant une gifle bien sentie.
« Ca...Capitaine ! Que m'est-il arrivé ?
- On a peu de temps pour les explications ! dit J-P. On est sous le désert, dans un tunnel, talonnés par un éboulement et à la recherche du Chef des Nombres Impairs, alors lève-toi vite, il faut continuer ! »
J-P et Walid aidèrent Dydy à se relever et le groupe reprit sa course. En surface, Flo suivait toujours les déplacements du groupe à l'aide du robot. Elle remarqua immédiatement la présence d'une personne de plus sur les relevés biométriques.
« Flo au Capitaine, mes relevés de détection indiquent la présence d'une quatrième personne dans le tunnel. Il s'agit d'un humain.
- Grande nouvelle, on vient de retrouver Dydy, répondit Walid. Je croyais qu'on l'avait perdue ! »
Toute l'équipe de surface accueillit cette information avec un grand soulagement.
« Le rayon du téléporteur a dû être dévié vers la surface par des interférences quand on a passé la barrière de détection, expliqua Flo. Une chance qu'il n'ait pas été dispersé... »
Les compagnons reprirent leur marche. Après quelques minutes, ils commençèrent à entrevoir une lueur devant eux, et bientôt, ils estimèrent qu'ils pouvaient se passer de lampe. Ils arrivèrent dans une grande salle très lumineuse, et aperçurent, au fond, une grande porte métallique parcourue de gravures mathématiques. Des calculs ? Gui-tou approcha et essaya de l'ouvrir, mais sans résultat.
J-P entreprit de scanner la pièce avec son détecteur. Il parut soudain s'alarmer :
« Capitaine ! je détecte la montée d'un gaz inconnu dans la salle !
- Ce gaz présente-t-il un danger ? s'enquit le Capitaine.
- Pour l'instant, je n'en sais rien ! mais il vaudrait mieux ouvrir cette porte rapidement ! »
Gui-tou redoubla d'efforts.
« Doucement Gui-tou, pas de panique ! lui dit Walid. Je me demande ce que peuvent bien signifier toutes ces gravures...
- Flo au capitaine. Je vais tenter d'établir une connection entre le robot-suiveur et le détecteur portatif de J-P. S'il prend une image de la porte, je pourrai tenter de traduire les inscriptions... »
Tout en parlant, Flo s'affairait sur son tableau de commande.
« Connection établie... Images bien reçues. Je lance l'algorithme de décryptage. »
Rapidement, d'étranges signes qui rappelaient vaguement le XeTaL s'affichèrent sur l'écran. Dami reconnut immédiatement les symboles d'un alphabet très ancien.
« Mince, c'est du langage elhor-minkus ! Sûrement une énigme ! J'espère que KPL pourra trouver la réponse rapidement, sinon une partie de notre équipage risque bien de finir gazée.
- J'ai autrefois étudié ce langage, s'écria Flo, toute excitée. La première ligne signifie : saurez-vous trouver l'intrus ?... les cinq autres sont des équations mathématiques... Je transfère le fichier sur l'ordinateur portatif de KPL. »
KPL se mit immédiatement en devoir de résoudre les équations. Après quelques minutes, elle prit l'émetteur des mains de Flo et indiqua le résultat à l'équipe du Capitaine :
« L'intrus est l'avant-dernière ligne : c'est la seule équation dont le résultat n'est pas un nombre premier. »
Aussitôt, Walid appuya sur le bloc qui contenait l'avant dernière ligne du message. Les gaz toxiques se dissipèrent et la porte s'ouvrit. L'équipe se remit en marche.
Mais la malchance semblait s'acharner sur nos héros : un vent de plus en plus fort s'était levé en surface, et les grains de sable risquaient d'endommager la belle mécanique des ordinateurs installés au-dehors. Il était impératif de les transporter au plus vite à l'intérieur du vaisseau.
« Flo à l'équipe d'exploration, les communications risquent d'être interrompues à cause d'une tempête de sable. Nous nous efforcerons de les rétablir au plus vite. »
L'équipe restée en surface termina de ranger en toute hâte le matériel et se mit à l'abri à l'intérieur du vaisseau. Flo s'installa à un terminal d'ordinateur et tenta de se reconnecter au robot-suiveur.
« Je reçois encore un signal, mais brouillé d'interférences... les images transmises par J-P sont presque illisibles. Et... on dirait que le robot a été renversé par le vent : impossible de le déplacer ! »
Elle alluma les détecteurs de bord afin d'évaluer la situation. Les relevés climatiques s'affichèrent aussitôt à l'écran.
« C'est très curieux : la tempête est localisée dans une zone de deux kilomètres de large sur dix de long, qui s'étend approximativement de notre position à la dernière position enregistrée de l'équipe du Capitaine... Et l'air est chargé de particules magnétiques qui provoquent des interférences. Tigweg, je pense que cette tempête n'est pas d'origine naturelle... »
Tandis que Flo réfléchissait à la véritable raison de cette tempête, Dydy informait ses amis qu'ils devraient se débrouiller seuls pendant un certain temps, sans l'aide de KPL ni d'aucune machine :
« Il y a une tempête là haut, les communications peuvent être coupées d'un moment à l'autre !
- Il va falloir nous débrouiller tout seuls... ajouta Gui-tou
- Eh bien allons-y car le temps presse ! » conclut Walid.
Pendant ce temps, l'équipe restée en surface s'était abritée à l'intérieur du vaisseau. Coll s'affairait sur le tableau de bord.
« Rapprochons-nous au moins de nos amis, proposa-t-il. Grâce aux nouveaux réglages de J-P et aux roues à forme logarithmique dont il a équipé le vaisseau, nous sommes en mesure de rouler sur le sable. »
Apres s'être assuré que l'entreprise n'était pas périlleuse, Tigweg donna l'ordre de rejoindre la dernière position enregistrée de l'équipe du Capitaine. Le vaisseau se mit en mouvement. Pendant que Coll manoeuvrait entre les dunes, Flo poursuivait ses investigations au sujet de la tempête. Après une dizaine de minutes, quelque chose dans les relevés des détecteurs attira finalement son attention :
« Je viens de repérer une masse métallique au centre de la zone des perturbations... Il semble que ce soit l'appareil qui provoque cette tempête. Les interférences sur les détecteurs augmentent à mesure que l'on s'en approche...
- Peux-tu le neutraliser ? demanda Tigweg.
- Difficile à dire, les relevés n'indiquent rien de précis... Mais je suppose que le dispositif en question doit être muni d'un système de commande électronique. Si c'est le cas, un balayage laser d'intensité moyenne devrait suffire à griller ses composants.
- Exécution ! »
Flo s'installa à l'armement, programma le canon laser, et initia la séquence de tir. L'intensité de la tempête commença aussitôt à diminuer. Au bout de quelques minutes, elle avait complètement cessé.
« Flo, tu nous sauves la vie une fois de plus, je t'adresse toute ma gratitude et toutes mes félicitations ! »
Flo, sans aucun triomphalisme, retourna à son poste comme si de rien n'était. Elle savait pertinemment que leur aventure ne faisait que commencer.
« Nous arriverons à destination dans 10 minutes. Je viens de localiser le robot-suiveur, mais il n'émet plus aucun signal. Je demande l'autorisation de débarquer dès notre arrivée pour tenter de le remettre en état.
- Entendu. Mais sois prudente ! » répondit Tigweg.
