Dans les souterrains, le Capitaine et ses amis continuaient d'avancer rapidement. Tout à coup, Gui-tou s'arrêta brusquement : ils venaient de pénétrer dans une immense salle circulaire. Tout autour d'eux, ils pouvaient apercevoir, le long de la paroi, une centaine de portes grandes ouvertes.
« Laquelle allons-nous choisir, Capitaine ?! gémit Gui-tou, saisi de vertige.
- Il y a quelque chose au centre de la pièce, regardez !
- Mais c'est une boîte à musique, non ?! J-P, viens voir ! »
J-P examina ce qui était sans conteste une boite à musique et actionna un bouton. L'une des portes ouvertes se ferma automatiquement. Les amis se regardèrent entre eux. Walid cliqua une seconde fois sur le bouton et la porte se rouvrit.
« On prend celle là ! décida-t-il.
- Peut être est-ce un piège, Capitaine !
- Vous avez une meilleure idée ? On doit continuer !
- La connexion avec Flo n'est toujours pas rétablie, on ne peut plus compter que sur nous-mêmes, on dirait...
- Ca m'a tout l'air d'un labyrinthe par ici ! commenta J-P.
- Non J-P, je ne pense pas, répondit Walid. On dirait que quelqu'un veut à tout prix qu'on arrive à un endroit bien déterminé... on suivra ce signe. Espérons que Flo parviendra à régler ce problème de communication au plus vite... On a vraiment besoin des autres !
- Allons-y » dit Gui-tou en avançant résolument vers la porte.
Dès que les quatre amis eurent passé la porte, elle se referma derrière eux. Ils se retournèrent et Dydy essaya de l'ouvrir, sans résultat.
« Ecoutez, dit J-P, c'est la boîte à musique qu'on a laissée à sa place qui s'est mise à chanter !
- Mais dans quel pétrin nous sommes-nous fourrés, à la fin ?! s'emporta Gui-tou.
- Calmez vous les gars ! On continue ! »
Pendant ce temps, en surface, la seconde équipe était arrivée à l'endroit où le robot s'était immobilisé. Coll stoppa les moteurs et actionna la commande d'ouverture de la porte, devant laquelle Flo attendait déjà, munie de tout son équipement. Tigweg la retint au moment où elle allait sortir.
« Laisse Padawan passer devant, il faut s'assurer qu'on peut sortir sans risque. »
Padawan, son lightsaber à la main, descendit du vaisseau, suivi de Flo, qui se dirigea immédiatement vers le robot à moitié enfoui sous le sable. Elle le dégagea rapidement, le redressa et commença à examiner les circuits.
« Le sable s'est infiltré partout. Il faut changer tous les détecteurs et la moitié des circuits imprimés. J'en ai pour environ trente minutes... Le plus urgent est de rétablir les communications, j'installe un relais provisoire... »
Elle se mit immédiatement au travail. Padawan se posta à quelques mètres d'elle pour monter la garde.
L'équipe descendue dans les souterrains continuait sa progression. Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent devant un très long couloir décoré et entretenu avec goût. Sur toute sa longueur, les murs étaient ornés de tableaux à l'effigie d'éminents Mathématiciens. La petite troupe s'élança prudemment dans le couloir. Le sol était recouvert d'un tapis rouge royal, ce qui atténua quelque peu leur malaise. Au fond, ils entrèrent dans une grande pièce richement meublée et décorée.
J-P s'approcha d'une bibliothèque qui comptait un nombre impressionnant de livres, tandis que les autres se dirigèrent vers un grand bureau au milieu duquel trônait une feuille de papier. Le capitaine s'en empara, la parcourut rapidement, puis écarquilla les yeux. Elle portait une inscription rédigée en langage mathîlien :
« Attendez-les! Ils arrivent. »
« Mon Dieu, s'exclama Gui-tou, mais à qui donc peut bien appartenir ce bureau ?
- C'est le mien ! » claironna une voix.
Un homme était posté devant l'entrée du couloir. Il les fixait de son regard sombre, pénétrant. Debout dans l'entrebâillement de la porte, son importante corpulence parvenait presque à masquer la lumière éblouissante qui provenait du couloir d'où il avait surgi. L'insistance de son regard les figeait sur place, et un silence pesant emplit toute la pièce.
L'homme reprit enfin la parole.
« Que faites vous ici ? Qui vous a permis d'entrer ?! »
Le Capitaine avança de deux pas vers l'homme et répondit :
« Ce bout de papier sur la table, il nous concerne. Vous nous attendiez, n'est-ce-pas ? Vous avez tout fait pour que nous parvenions jusqu'à votre bureau, j'en suis convaincu ! Dites-nous plutôt qui vous êtes. Nous sommes à la recherche du Roi des Nombres Impairs, sauriez-vous où le rencontrer ? »
L'homme scrutait à présent Walid avec insistance.On pouvait presque voir des flammes danser dans son regard. Doucement, il s'avança vers le Capitaine et dit d'une voix rauque, malicieuse :
« Vous en avez mis du temps, je commençais à croire que vous aviez abandonné...
- Alors inutile de perdre encore plus de temps maintenant que nous sommes là ! reprit Walid. Dites-nous ce que vous attendez...
- Vous êtes bien pressé, jeune homme, détendez-vous donc un peu. »
L'homme, tout en parlant d'une voix de plus en plus métallique, s'avançait vers le Capitaine. Arrivé à sa hauteur, il posa la main sur son épaule.
« Suivez-moi. » continua-t-il.
L'étrange individu indiqua à Walid une petite porte située au fond du bureau. Le Capitaine s'avança, suivi du reste de l'équipage.
« Où nous conduisez-vous ?
- Pas vos compagnons. Vous seul.
- Ca ne me plaît pas... » intervint Gui-tou.
Walid, de plus en plus méfiant, s'arrêta. Quelques secondes passèrent, puis soudain, les doigts de l'inquiétant personnage s'allongèrent démesurément, tels de la pâte à modeler. Ils s'enroulèrent autour du cou du Capitaine, comme un serpent autour de sa proie.
« Très bien, essayons donc la manière forte ! dit l'inconnu tout en resserrant de plus en plus son étreinte.
- Lâchez-le ! » cria Gui_tou en pointant son laser.
Walid commençait à suffoquer. A ce moment, un second homme, identique au premier, entra dans le bureau.
« Maudit imposteur ! » s'écria-t-il.
Le nouveau venu pointa un étrange appareil dans la direction de son double et actionna un bouton. Le premier homme se métamorphosa instantanément en une sorte de masse grisâtre qui s'effondra au sol.
« Tu as commis ta dernière erreur, poursuivit-il, s'adressant à l'étrange créature.
- Qu'est-ce que c'était ? Et vous, qui êtes-vous ?! interroga Walid, qui commençait à reprendre son souffle.
- Je suis celui que vous cherchez. »
L'imposant personnage s'installa à son bureau, puis entreprit de s'expliquer.
« La situation ici devient critique. Plusieurs escadrons de mes soldats polymorphes se sont joints à la rébellion. Ils ont quitté ma cité souterraine et établi plusieurs campements dans le désert. Ils vous ont repérés dès votre atterrissage, et mes espions viennent de m'informer qu'en ce moment- même, ils préparent une attaque contre votre équipage resté en surface. »
Le capitaine et ses compagnons en restèrent cois. Comment cela était t-il possible ? Qu'allait-il advenir du reste de l'équipage ?
« Une attaque ? Mais il faut les prévenir sans attendre ! s'écria Walid.
- C'est malheureusement impossible, reprit le Roi.
- Comment cela ?
- En réaction à la rébellion, j'ai dû faire installer des écrans dans les voûtes de ma cité pour bloquer toutes les transmissions radio vers l'extérieur. Vous ne pouvez pas les contacter d'ici, ni revenir en arrière pour les prévenir : cela compromettrait votre mission... Je regrette, mais nous ne pouvons rien faire pour eux.
- C'est impossible ! Il doit sûrement exister un moyen ! dit Gui-tou, le regard dévoré par la colère et l'incrédulité.
- Calme-toi ! reprit Walid, il faut chercher un moyen de les contacter.
- J-P, as-tu une idée ? questionna Dydy.
- Oui, j'en ai une, dit J-P, et c'est d'ailleurs la seule idée qui puisse les sauver...
- Mais quoi, quels sont les risques ? interrogea Walid devant le visage anxieux de J-P.
- Ceci pourrait bien nous coûter la vie à nous aussi... »
En surface, Flo s'efforcait, elle aussi, de rétablir le contact. Padawan, qui s'ennuyait ferme à force de monter la garde, s'était proposé de l'aider dans son travail. Une voix les interrompit :
« Vous progressez ?
- Tigweg ! je ne vous avais pas entendu venir, répondit Padawan en se retournant.
- Tu fais un drôle de garde, Padawan ! »
Le ton sarcastique de Tigweg les étonna. Ca ne lui ressemblait pas.
Flo commença son compte-rendu :
« J'ai enfin pu réparer une partie des détecteurs, mais les communications radio ne sont toujours pas rétablies : nous sommes au-dessus d'une installation souterraine entourée d'une structure métallique qui agit comme une cage de Faraday et bloque tous les signaux. Je suis en train de cartographier le sous-sol de toute la zone. J'espère trouver une faille dans ce dispositif de brouillage... »
A ce moment, Simon, qui arrivait du vaisseau pour les informer que le déjeuner était prêt, interrompit la conversation :
« Commandant Tigweg ? Mais... je viens de vous voir dans le vaisseau... Comment avez vous fait ? »
Flo, intriguée, saisit son détecteur et le pointa vers Tigweg. Elle reconnut immédiatement la signature biométrique : c'était la même que celle du sosie de Friedrich Gauss.
« Padawan, c'est un... »
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase. L'imposteur, démasqué, reprit instantanément sa forme naturelle et la renversa d'un coup de tentacule. Padawan engagea le combat et parvint à blesser son adversaire. Il saisit Flo par le bras et tous deux rejoignirent Simon, qui courait déjà vers le vaisseau.
En arrivant à la porte, Simon poussa un cri : il se trouvait face à face avec son double !
« C'est pas vrai, encore un ?! S'écria Padawan.
- Plusieurs, corrigea Flo. Je viens d'en détecter des dizaines qui circulent dans le sable, à quelques centimètres sous la surface. »
A ce moment, le polymorphe qui avait pris l'apparence de Simon se précipita vers la porte et en détruisit le système de fermeture. Padawan, son lightsaber à la main, fonça sur l'intrus, mais d'autres commençaient à émerger du sable. Coll et Tigweg distribuèrent des pistolasers à tout l'équipage et se postèrent tous deux face à la porte. Flo se dirigea vers un terminal d'ordinateur au fond de la cabine.
« Ils sont trop nombreux pour qu'on puisse les combattre de cette façon, il faut trouver un moyen de tous les neutraliser en même temps.
- Mais comment faire ? demanda KPL.
- En étudiant leurs relevés biométriques : ils doivent bien avoir un point faible... Dami, j'ai besoin de tes compétences. »
Le médecin de bord accourut et commença à examiner les relevés.
Pendant ce temps, en profondeur, l'inquiétude régnait toujours. J-P expliqua son idée :
« J'ai emporté avec moi un modèle de téléporteur portatif récemment mis au point par l'équipe du professeur Minkus. En le réglant à puissance maximale, j'aurai en théorie assez d'énergie pour renvoyer un volontaire en surface, seulement... Avec ce blindage au-dessus de nous, il aura à peine une chance sur cent d'arriver entier...
- Je suis volontaire ! » s'écria Gui-tou.
Le capitaine Walid prit quelques secondes pour réfléchir : la décision était particulièrement difficile. Il répondit finalement :
« Non, Gui-tou, c'est beaucoup trop dangereux... En cas d'échec, nous n'aurons apporté aucune aide à notre équipe en surface, et nous aurons un mort de plus... Je ne pense pas qu'ils voudraient que l'un de nous prenne un risque pareil... Il faut absolument que je parvienne à convaincre le Roi de nous aider... »
En surface, les rebelles polymorphes commençaient à monter à l'assaut du vaisseau Parabole. Tigweg, Padawan et Coll repoussaient de leur mieux ceux qui tentaient de passer la porte, pendant que Dami et Flo cherchaient une solution plus efficace. Soudain, un détail intéressant attira l'attention du médecin :
« Regarde ça : leur membrane extérieure contient des micro-cristaux de silicium... Tu penses à la même chose que moi ?
- Fréquence de résonnance... On doit pouvoir les neutraliser avec des ultrasons.
- Exactement, Flo !
- Bien. Je configure l'intercom pour émettre des ultrasons de fréquence modulable... Seul inconvénient : je n'ai pas le temps de réaliser un programme, il faudra rechercher la bonne fréquence manuellement. »
Vers la porte, les combats s'intensifiaient. Tigweg et les autres étaient sur le point d'être débordés. Au moment où les émissions d'ultrasons débutèrent, les assaillants redoublèrent d'efforts pour pénétrer dans le vaisseau. Ils semblaient avoir compris ce que préparaient leurs adversaires. Trois d'entre eux réussirent à passer la ligne de défense. KPL réussit à en atteindre deux avec son laser, mais le troisième put rejoindre le poste de travail où s'affairaient Dami et Flo. Cette dernière, qui l'avait vu arriver, se leva d'un bond et s'interposa entre Dami et le Polymorphe.
« Dami, continue de chercher ! »
Le polymorphe parvint à enrouler un tentacule autour d'elle, la souleva au-dessus de lui et la projeta violemment au sol. Il s'apprêtait à frapper Dami, lorsque celui-ci trouva enfin la bonne fréquence. La créature, comme tous ses congénères, se désagrégea en émettant des crissements stridents. KPL lança le programme de traduction.
« Ils disent qu'ils se rendent. »
Tigweg donna l'ordre de stopper les émissions d'ultrasons et les polymorphes rampèrent l'un après l'autre hors du vaisseau.
L'état général de l'équipage n'était pas fameux... Des débris de tentacules coupés par le sabre-laser de Padawan ou foudroyés par les tirs de pistolaser étaient répandus au sol. Plusieurs membres de l'équipage avaient été blessés lors du combat.
Flo gisait inconsciente, victime de son acte héroïque destiné à sauver le médecin ; Tigweg avait le bras gauche cassé par un coup de tentacule un peu trop puissant ; quant à Simon, sa couleur bleu-vert indiquait qu'il avait dû avaler pendant le combat des cristaux de silicium dont ne parlaient aucun de ses manuels de cuisine.
« Arghhh! Ce truc me dévore l'estomac! Dami, fais quelque chose... »
Le medecin courut jusqu'à la cuisine. Par chance, il restait du sirop de grenadine concentré, le dissolvant indiqué par la banque de données médicale pour ce cristal extra-îlien. Simon termina la bouteille (qu'il avait sans doute entamée pendant le voyage) d'une seule traite, et se sentit rapidement mieux.
Le bras du second fut plus simple à soigner : affirmant que pour lui, la douleur n'était qu'une simple information sensorielle, Tigweg refusa tout anesthésiant et n'accepta qu'une simple attelle.
Flo se réveilla finalement quelques minutes plus tard, suite aux efforts désespérés et aux gifles de l'officier de sécurité.
« Tout va bien, je n'ai rien, dit-elle aussitôt.
- Ouf, l'ordinateur de bord est encore en fonctionnement, affirma Tigweg. Mais nous ne savons toujours pas qui envoie ces créatures, et encore moins pourquoi elles nous ont attaqués... »
Flo se releva en rajustant ses lunettes, puis se dirigea vers la porte en boîtant légèrement.
« Bonne question, en effet. J'espère que le Capitaine et son équipe sont tombés sur des autochtones plus accueillants... Je vais aller voir l'étendue des dégâts que ces bestioles ont dû causer à mon matériel resté dehors... »
Simon la retint par la manche de sa veste.
« Tu... tu tiens vraiment à ressortir après ce qui s'est passé ?
- Précisément, après ce qui vient de se passer, je suis très inquiète pour le reste de l'équipage, je pense qu'il faut les retrouver au plus vite. Et les appareils de détection ne vont pas se réparer tout seuls. »
Tigweg lui barra la route.
« Flo, Simon a raison, c'est trop risqué de sortir du vaisseau tant qu'on n'en sait pas davantage.
- Et après les coups que tu viens de prendre, je préfère te garder en observation à l'infirmerie. ajouta Dami.
- Pourquoi faire ? Jusqu'à preuve du contraire, je tiens encore debout. Et on a besoin de tout le monde à son poste. »